No Ordinary February

Février pas ordinaire — quand le “normal” ne tient plus

Quand le « normal » ne tient plus vraiment

Récemment, j’ai écouté un discours prononcé à Davos par Mark Carney.

Il parlait de la rupture de l’ordre du monde — du fait que de nombreuses règles, hypothèses et accords sur lesquels nous avons longtemps compté n’ont plus aujourd’hui la même portée ni la même validité. Et que continuer à agir comme si c’était encore le cas demande une forme de déni collectif.

Ce qui m’a marquée n’était pas tant l’analyse géopolitique que ce que cela révélait à un autre niveau.

En faisant référence à Václav Havel, il évoquait l’idée de vivre en vérité — ne plus jouer le jeu de systèmes auxquels nous ne croyons plus vraiment.
Non pas par esprit de rébellion.
Mais parce que nous n’avons plus besoin de faire semblant.

Cette nuance est importante.

Et pourtant, cette réflexion n’a pas commencé à Davos.


Quand le « normal » s’est fissuré

L’idée de Février pas ordinaire m’accompagne depuis bien plus longtemps — depuis la période où nous commencions à sortir de la pandémie.

À cette époque, on parlait beaucoup de « retour à la normale ».
Comme si le normal était un endroit auquel il suffisait de revenir.

Mais quelque chose avait déjà changé.

La vie telle que nous la connaissions — celle que nous n’avions jamais vraiment pris le temps de questionner — avait été interrompue, transformée. Et dans cette pause forcée, beaucoup d’entre nous ont eu l’occasion rare de regarder autrement comment nous vivons, comment nous nous relions aux autres, ce qui compte vraiment, et ce que nous acceptions sans même nous en rendre compte.

Il n’y avait plus de normal auquel revenir.
Seulement des choix à faire sur ce que nous souhaitions continuer — ou non.

Ce moment a profondément modifié ma relation au temps, aux cycles, et surtout aux nouveaux commencements.


Pourquoi février, et pourquoi « pas ordinaire »

Avec les années, j’ai remarqué quelque chose.

Je ne me reconnaissais plus dans l’idée de traiter une nouvelle année comme une nouvelle année de plus.

Le récit collectif est très ancré :

  • nouvelles résolutions

  • nouveaux objectifs

  • une meilleure version de soi à atteindre

Et pourtant, au fond, beaucoup d’entre nous sentent que ce rythme ne tient plus vraiment.

Non pas parce que le changement est impossible.
Mais parce qu’un changement dicté par l’obligation, la pression ou l’attente collective s’épuise rapidement.

Février est devenu pour moi un contre-espace plus calme.

Pas un mois pour se réparer.
Pas un redémarrage.

Mais une pause — pour questionner ce que nous continuons à appeler normal sans jamais vérifier si cela est encore juste pour nous.


Le pouvoir discret du « normal »

La plupart d’entre nous ne vivent pas à côté de leur vérité par malhonnêteté.
Mais parce que nous avons intégré des normes que nous n’avons jamais vraiment choisies.

Ce qui est normal :

  • être occupé

  • rester composé

  • être accommodant

  • bien fonctionner

  • s’adapter

Le normal est rarement imposé.
Il est intériorisé.

Et pendant longtemps, il nous protège.

Jusqu’au jour où quelque chose ne colle plus — pas de manière spectaculaire, mais subtile.

Une fatigue diffuse.
Une tension de fond.
L’impression de jouer le rôle du normal plutôt que d’habiter pleinement sa vérité.


Avant le discernement, il y a la permission

On pense souvent que le problème vient d’un manque de discernement.
Mais est-ce vraiment le cas ?

Et si le véritable obstacle était que faire preuve de discernement reste encore vécu comme une menace ?

Car quelque part, nous avons confondu le fait de se conformer avec :

  • être aimable

  • être acceptable

  • être apprécié

  • appartenir

Ne pas se conformer — même intérieurement, même en silence — peut encore être perçu comme un risque.

Risque de déplaire.
Risque d’être mis à l’écart.
Risque de ne plus correspondre à ce qui nous était familier.

Alors peut-être que le chemin ne commence pas par savoir ce qui est vrai.
Mais par s’autoriser, intérieurement, à ne plus faire semblant.


Une invitation pour ce Février pas ordinaire

Ce mois-ci ne nous demande pas de changer nos vies.
Il ne nous demande pas de décider de la suite.

Il nous invite simplement à questionner.

Où continuez-vous à vous conformer — non pas par conviction, mais parce que cela vous a autrefois protégé ?

Où avez-vous confondu le fait de « rentrer dans le moule » avec le fait d’appartenir ?

Qu’est-ce qui vous semble normal aujourd’hui, mais ne sonne plus juste — même si vous n’avez pas encore les mots pour l’exprimer ?

Aucune réponse attendue.
Aucune prise de conscience forcée.

Juste une exploration.

Parfois, c’est là que la vérité commence doucement à émerger.

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