A Deficit to Escape, or Fullness in This Moment

Un manque à fuir, ou la plénitude de l'instant

Ouvre ta boîte mail, un matin ordinaire.

Google t'invite à optimiser tes publicités. Shopify a des suggestions pour ta boutique ; Meta, pour ta visibilité. Un entraînement promet un corps maximisé. Un complément promet une longévité prolongée. Une retraite promet de rehausser ton état d'esprit et de guérir tes blessures. Même la psychologie arrive avec son offre — productivité optimisée, fonctions cognitives augmentées.

Ton travail, ton corps, ton esprit, ton passé. Chaque recoin de la vie est couvert, et dans chaque recoin, le même verdict, presque bienveillant, comme écrit en marge d'un bulletin scolaire : peut mieux faire.

Rien de tout cela n'est méchant. Et presque tout murmure la même chose, en dessous.

Le toi d'aujourd'hui est en manque, quelque part — un pas-assez. Viens, on va te réparer.

Et sous ce murmure, jamais examinée, la prémisse absorbée si tôt qu'on la prend pour la réalité même :

Ce qui est, est quelque chose à quitter.


Regarde comme elle va loin.

Le soi présent, traité comme matière première. La vie actuelle, un brouillon en attente de révision.

On le dit rarement aussi simplement, mais l'arithmétique se ressent : la vie telle qu'elle est ne peut pas encore être acceptée. Pas pleinement. Pas cette version. Aujourd'hui est tenu à distance — enduré, géré, travaillé — pendant que l'acceptation attend l'édition améliorée.

On ne vit pas cela comme un rejet. On le vit comme être responsable. Personne ne questionne celle qui travaille sur elle-même — le perfectionnement de soi est le projet le plus respectable qui soit.

Mais il y a toujours une prochaine version. La ligne d'arrivée recule à mesure qu'on s'approche. Et arriver — vraiment arriver, dans sa propre vie, telle qu'elle est — reste perpétuellement reporté.

Le perfectionnement devait être un pont.

Quelque part en chemin, il est devenu une résidence.


J'ai vu la nouvelle Odyssée récemment, et un fil ne m'a plus quittée.

Ulysse n'est pas tenu loin de la paix par sa faiblesse. Il en est tenu loin par son génie. L'esprit qui gagne la guerre est stratégique, vigilant, sans cesse en train de calculer — chaque crise, une énigme ; chaque issue, quelque chose à orchestrer.

Cet esprit a construit le cheval de Troie.

Et cet esprit ne peut pas lui rendre la paix.

On croit que nos réparations échouent parce qu'on ne répare pas assez fort — meilleure méthode, meilleure discipline, meilleur plan. Mais si la capacité elle-même était l'obstacle ? Non parce qu'elle est faible. Parce qu'elle est excellente.

On ne peut pas ruser son chemin vers la plénitude. Calculer, c'est la posture qui suppose que la plénitude est ailleurs — quelque chose à construire, à arranger, à optimiser jusqu'à l'existence.

Le geste même de tendre la main déclare le manque.


Regarde comme l'esprit le fait vite, même maintenant.

En lisant ceci, quelque chose en toi se réorganise peut-être déjà. Donc je devrais arrêter de me voir comme un projet à réparer.

Et cela, doucement, devient le prochain projet. La prochaine odyssée.

Remarque-le avec tendresse. Ce n'est pas un défaut en toi.

C'est simplement la profondeur de la prémisse. L'esprit qui a passé des décennies à améliorer ne s'arrête pas au milieu d'une phrase. Il change seulement d'objet.

Il n'y a rien à faire de cela. Le voir est déjà tout autre chose.


Alors, qu'est-ce qui remplace le calcul ?

Pas rien. Pas la passivité, pas l'abandon, pas l'indifférence.

Reconnaître au lieu de contrôler. Sentir ce qui est réellement là, sans scénario pour le sentir moins.

Rencontrer ce moment comme un marin rencontre la météo en mer. Et oui — naviguer, cela s'apprend. Les muscles apprennent la houle ; les mains apprennent les cordages ; le corps garde la mémoire des vagues. Mais aucun entraînement n'a jamais produit une vague, ni n'en a retardé une seule. Le geste s'entraîne. La rencontre, non. Ce qui fait face à l'eau quand elle se lève enfin n'est pas une répétition — c'est la présence, entière, indivisée.

Cette part-là n'est pas un muscle à construire.

C'est ce qui reste quand la crispation cesse.


Et puis — c'est ce que je veux dire par-dessus tout, pour ce mois d'août — quelque chose s'ouvre.

Pas une amélioration. Une possibilité.

Parce que la plénitude n'a jamais été la récompense au bout du chantier. Elle est ce sur quoi le chantier reposait depuis le début.

Je vis à l'intérieur de cela ces temps-ci, de la façon la plus littérale — un nouveau pays, d'anciennes formes dissoutes, très peu de choses résolues. Vue de l'extérieur, une vie dans cette saison peut sembler désassemblée. Instable. À l'aune de tout progrès, une régression — au mieux, une pause.

Et pourtant. Sous le non-savoir, quelque chose tient. Une confiance qui n'a rien à prouver — non pas je sais mieux, mais je suis de mon côté. Et sous cela encore, quelque chose de plus vaste qui tient aussi.

Aucun manque. Aucune hâte.

La plénitude, il s'avère, n'attend pas que les circonstances soient assemblées. Elle habite très confortablement l'entre-deux.


Et à quoi cela ressemble-t-il, vivre depuis là ?

À plus discret que tu ne l'imagines. La plénitude ne s'annonce pas.

Tu peux toujours prendre le cours. Réserver la retraite, affiner le travail, apprendre, t'étirer, bâtir. Vu de l'extérieur, la journée peut sembler presque identique. Ce qui change, c'est le sol en dessous.

Tu bouges parce que le mouvement est vivant en toi — non parce que le corps d'aujourd'hui a été jugé insuffisant. Tu t'assieds avec ton esprit par curiosité de ce qui s'y trouve — non parce qu'il serait un problème à gérer. Le faire continue. Le manque derrière le faire a disparu.

Le repos, pris sans registre. Le plaisir, qui n'attend plus son autorisation. Un matin qui a le droit d'être complet sans mener nulle part.

Et les choix se mettent à venir d'un autre lieu. Non de l'inventaire sans fin de ce qui manque, mais de l'écoute. Qu'est-ce qui est vivant, là, maintenant ? Qu'est-ce qui demande attention, expression, compagnie ?

Cette écoute a un nom — la présence : tout ton être, indivisé, rencontrant ce qui est là sans besoin que ce soit autrement.

Ce n'est pas la fin de l'engagement. C'est l'engagement sans la blessure derrière.

Rien à prouver. Tout disponible.


Depuis là, grandir change de visage.

Non plus l'effort qui traite le soi d'aujourd'hui comme un manque à fuir. Plutôt ce qui se passe dans n'importe quel jardin. Une plante ne pousse pas par insuffisance. Elle pousse parce que pousser, c'est ce que fait le vivant, quand rien ne se crispe contre lui.

Et quand cela s'arrête — les feuilles tombées, la saison nue, le long hiver intérieur — ce n'est pas un échec. C'est la croissance qui continue sous une forme que l'œil ne compte pas. La chenille qui se dissout entièrement, plus rien de mesurable, et précisément là : le devenir.

L'expansion comme débordement, non comme programme.

Fluide. Sans forçage. Jamais finie, jamais en manque.


Alors je te laisse ici, avec la saison encore ouverte.

Qu'est-ce que je suis encore en train d'améliorer avant de me laisser vivre en plénitude ?

Et si l'esprit qui planifie mon devenir était précisément ce qui le reporte ?

Et la question que j'emporte dans ce mois, dans les pièces pas encore assemblées d'une nouvelle maison :

Qu'est-ce qui devient possible quand je n'ai plus besoin de me réparer d'abord ?

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